INTO

Qu’est-ce qu’une relation parasociale ?

Il s’agit d’une relation imaginaire qu’entretient un individu avec un personnage de fiction ou une célébrité. C’est une relation à sens unique car la personnalité ne connaît même pas l’existence de la personne qui l’admire. On observe le phénomène depuis l’essor des médias de masse dans les années cinquante. Aujourd’hui, à l’ère des réseaux sociaux, le phénomène de la relation parasociale se renforce.

Par réflexe, nous avons tendance à croire que l’on connaît réellement les célébrités que nous voyons derrière nos écrans. Naïvement, nous pensons savoir qui ils sont vraiment. Nous pensons les connaître de la même manière que nous connaissons nos proches.

En réalité, nous n’aimons pas un être humain « réel », riche et complexe, tel qu’il est vraiment. Mais une version méticuleusement fabriquée, réduite à quelques dimensions.

Prenons l’exemple des célébrités du web. Ils apparaissent dans des vidéos écrites de bout en bout, un travail de montage est effectué, des effets et des blagues sont ajoutés, les hésitations sont coupées, etc. Tout ce que nous voyons, c’est une version fluide et travaillée. Même un montage sobre est un choix. Et même avec un minimum d’artifice, ce que nous voyons n’est qu’une version consciencieusement travaillée d’un personnage.

Certes dans le cas d’un Youtubeur, l’image qui se présente à nous est généralement moins modifiée que celle d’un acteur qui joue dans un film. Sa démarche est, la plupart du temps, honnête et reflète ce qu’il pense vraiment. Malgré tout, ce qui nous est montré est minutieusement choisi et ne représente qu’une infime partie de ce qu’il est réellement. Nous devenons “amis” avec un visage sur lequel nous projetons tout un tas de qualités.

homme derrière son écran

Quelques études comportementales de la relation parasociale

D’abord étudié chez les fans de cinéma ou de musique populaire, cette forme d’interaction unidirectionnelle a explosé avec l’apparition d’Internet et des réseaux sociaux.

Selon une étude Google, près de la moitié des milléniales (4/10) pensent que leur créateur/créatrice de contenu préféré les comprend mieux que leur propre amis.

Tout comme avec une illusion d’optique que l’on sait fausse mais que l’on perçoit comme vraie malgré tout, les relations sociales sont vécues par le cerveau comme de véritables amitiés.

Dans une étude parue en 2006, des chercheurs ont analysé les différentes réactions d’un groupe de fans de la célèbre série Friends à l’annonce de l’arrêt de sa diffusion. Ils ont remarqué que plus le sentiment de proximité des téléspectateurs envers les acteurs était intense, plus leur détresse était grande. Plus surprenant, ils ont observé chez les fans un  sentiment de perte ressenti similaire à celui exprimé par les personnes ayant perdu une relation réelle.

Ce phénomène de relation parasociale nous touche tous et il est quasiment impossible pour nous, Homo Sapiens, de s’en défaire. 

Mais alors, quels mécanismes se cachent derrière notre amour pour les gens connus ?      

Notre cerveau face à la relation parasociale

Notre cerveau perçoit la relation parasociale comme une forme d’amitié. Mais pas comme une amitié classique. Face à une célébrité, nous perdons généralement notre objectivité. Nous avons tendance à accorder à celle-ci de nombreuses qualités et un statut social supérieur. Aussi étrange et dérangeant que cela puisse paraître, ce phénomène est tout à fait normal.  

L’être humain est un animal social. Nous devons notre survie à notre capacité à créer et tisser des relations avec les autres. Notre cerveau apprend par imitation. Autrefois, admirer et essayer de reproduire les techniques des meilleurs chasseurs du village était une stratégie efficace pour survivre. Ce mécanisme psychologique est encore aujourd’hui ancré en nous. Différentes recherches ont par exemple prouvé que les enfants apprennent plus efficacement lorsque l’information vient d’un personnage important socialement.

En réalité, les relations parasociales ne datent pas de l’émergence des médias de masse mais s’enracinent dans l’évolution de notre psychologie de primate.

La relation fantasmée et les nombreuses émotions que provoquent les relations parasociales sont liées à un biais cognitif appelé l’effet de halo.

L’effet de halo

L’effet de halo consiste en l’interprétation et la perception sélective d’informations allant dans le sens d’une première impression. Il s’agit d’un mécanisme psychologique automatique. Lorsque l’on trouve quelque chose de positif chez une personne, comme par exemple la beauté ou l’intelligence. Ou, à l’inverse, quelque chose de négatif comme de la négligence ou un côté superficiel, on aura tendance à lui trouver tout un tas d’autres qualités/défauts. Selon notre première impression, on se dira que c’est certainement quelqu’un de bien/de mauvais ou de réflechie/de stupide. On se crée une image mentale cohérente du personnage et de ce qu’il nous montre. Mais rien de tout cela n’est objectif.

Les stars d’Internet et la relation parasociale 

Cet attachement qu’on ressent pour les célébrités est d’autant plus grande pour les créateurs de contenu du web. Les Youtubeurs, streamers ou autres influenceurs utilisent, consciemment ou non, des techniques de communication très efficaces pour que leur communauté se sentent véritablement investi. Ils filment leur vie quotidienne, leurs vacances, ils s’adressent à nous de la même façon qu’à leur proche. Même leur décor travaillé installe le spectateur dans une ambiance chaleureuse et intime. Durant un live, la majorité des streamers, en échange d’un don, d’un “sub”, vont dire votre nom. Vous aurez également droit à un emoji personnalisé.

La célébrité vous individualise parmi une foule d’individus. Le but est de provoquer, amplifier ce sentiment de proximité. D’un point de vue marketing c’est excellent. En se sentant proche de la personnalité publique, l’auditeur est bien plus propice à rester fidèle à celle-ci et à la suivre dans tout ce qu’elle fait et entreprend. Il est également bien plus enclin à acheter divers produits qui sponsorisent son influenceur préféré. 

Bien évidemment tous les créateurs de contenu ne sont pas de grands méchants manipulateurs. Simplement, actuellement, c’est ce qui fonctionne. Les gens sont à la recherche de ce sentiment d’authenticité. La plupart de ces vidéastes sont honnêtes et sincères dans leur démarche. Il faut juste garder en tête que nos émotions, notre empathie envers eux leurs sont avantageuses monétairement parlant. Au fond, leur stabilité financière dépend d’eux-même. Plus que leur contenu en tant que tel, c’est leur image qui compte. C’est ce qu’ils nous montrent de leur vie qui importe. Ce qu’ils nous vendent principalement c’est de l‘affect.

statistique sur téléphone

Utilisation abusive

Certains influenceurs profitent de leur notoriété et de la relation particulière qu’ils ont avec leur communauté pour vendre absolument n’importe quoi. Prenons l’exemple de l’ancienne candidate de télé-réalité Maddy Burciaga. Le 11 décembre 2018, elle annonce une promotion “spéciale fêtes de fin d’année” sur le site DiamondKeup. L’offre ? Des pinceaux de maquillage à 10 euros au lieu de 50. Le problème, c’est qu’un tour sur Amazon permet de se rendre compte que le même produit vaut seulement 3,05 euros.

Plus récemment, l’influenceuse Mélanie Amar a fait un placement de produit illégal. Dans une story snapchat la jeune femme vend les mérites d’un service qui propose de faux papiers : arrêts maladie, annulations d’amende, cartes handicapés. Des exemples du genre, il y en a pléthore. Cependant, tout le monde n’utilise pas sa notoriété pour vendre ou commercialiser de la bouse.

Utilisation constructive

Le Youtuber Amixem est par exemple le parrain de l’association Enfants du Désert qui se bat pour l’accès à l’éducation des enfants du sud marocain. Dans de nombreuses vidéos, il rappelle à sa communauté la possibilité de faire un don en envoyant le mot “poule” a un numéro.

Je peux également citer l’exemple du Z event qui, depuis plusieurs années maintenant, rapporte des millions d’euros à une association caritative. Le but de l’événement est de réunir plusieurs streamers francophones pour un marathon s’étalant sur tout un week-end. Pendant plus de 50h, les participants diffusent du contenu en direct. Ensemble, ils encouragent les spectateurs à se mobiliser pour soutenir une association caritative.La dernière édition a rapporté 10 064 480 euros pour une action contre la faim.        

L’utilisation de ce phénomène par les influenceurs n’est donc pas nécessairement négative. Elle peut être utilisée pour inciter les gens à participer à des causes humanitaires ou pour soutenir des marques éthiques et respectueuses de l’environnement. 

Mais elle peut également apporter à certaines personnes de l’inspiration, un sentiment de bonheur et même pousser à la réflexion. De plus, une relation parasociale permet également de se défaire des contraintes des véritables relations, comme la possibilité d’entrer en conflit ou de décevoir l’autre.

Une étude de Jaye L. Derrick démontre qu’une relation parasociale peut faire tampon contre la perte d’estime de soi et le rejet social. A travers elle, on peut y trouver un soutien émotionnel.

Une autre étude montre que voir la photo de quelqu’un qu’on admire, boost la performance de nos tâches cognitives comme on pourrait avoir en la présence d’un vrai ami.

Conclusion

Les relations parasociales sont complexes et nous touchent tous. Certains influenceurs profitent de ce phénomène et de leur popularité pour arnaquer, abuser et vendre des aberrations à leur communauté. D’autres, l’utilisent pour tenter de changer un peu les choses et aider les gens. C’est une arme à double tranchant.

Si on fait le parallèle avec le marketing, tous les deux sont perçus de façon négative mais sont pourtant des moyens redoutablement efficaces pour faire passer des messages et pour mettre en lumière des projets et des causes essentielles.Tout dépend de leur utilisation.   

Dans tous les cas, il est important d’avoir conscience que la proximité que l’on pense avoir avec les différents créateurs de contenu n’est qu’une illusion. Notre cerveau est mal conçu pour interagir avec d’autres êtres humains d’un statut social supérieur et nous n’y pouvons rien. Rester conscient de l’existence de ce phénomène et tenter de s’emparer des aspects positifs de ce genre de relation est probablement un moyen efficace de le tourner à son avantage.      

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *